Parler à mon assistant depuis ma montre, qui ne prête pas son micro
Je voulais parler à Newton, mon assistant personnel, directement à ma montre. Une Garmin Venu 3 a bien un micro, mais elle le garde pour elle. Voici comment la montre, le téléphone et le serveur se partagent le travail, comment on répond à Newton depuis le poignet, et la montagne d'obstacles gravie pour ce micro, avant de redescendre.
1 octobre 2026 · 9 min de lecture · Julien Lampin

Mes meilleures idées arrivent quand j'ai les mains prises : en marchant, au volant, en courant, sous la douche. Pour les garder, j'ai d'abord eu un réflexe : sortir le téléphone, le déverrouiller, ouvrir Telegram, maintenir le bouton du micro. Quatre gestes avant le premier mot. Le temps de les faire, la moitié de l'idée était partie.
Puis j'ai trouvé plus court. Un appui long sur le bouton du téléphone ouvre Claude, je lui parle, et un serveur MCP, le protocole qui permet à Claude d'utiliser des outils extérieurs, fait le lien avec mon assistant. Plus rapide, mais il fallait toujours sortir le téléphone.
Et puis, comme je suis plutôt du genre à travailler tout le temps, j'essaie de m'astreindre à utiliser de moins en moins mon téléphone. Le sortir pour une idée, c'est déjà lui redonner la main.
Newton, c'est cet assistant, et le golden retriever à nœud papillon qui lui sert de visage. Il tient ma mémoire personnelle, en notes Markdown, et j'y range à peu près tout : mes tâches et mes rendez-vous, les gens que je croise et ce qu'on s'est dit, mes séances de sport, mon humeur du jour, les rêves que je raconte au réveil, les données de santé de ma montre. Je lui parle par un bot Telegram, et Claude range chaque phrase au bon endroit : un footing rejoint mon suivi sportif, un café avec quelqu'un atterrit sur sa fiche, un « il faut que je… » devient une tâche. Tout ça mérite son propre article, j'y reviendrai.
Au poignet, je porte une Garmin Venu 3. L'objectif tenait en une phrase : parler à ma montre, et que Newton m'entende. Deux touchers, pas de téléphone.
Faire écouter la montre
Le plan de départ était le plus simple : une app sur la montre, qui enregistre ma voix et l'envoie à Newton. La Venu 3 a un micro et un haut-parleur, pour prendre les appels. Il n'y avait plus qu'à s'en servir.
Premier blocage, dès la lecture de la doc : Connect IQ, le kit de développement de Garmin, ne donne le micro à aucune application, quelle que soit la montre. Il est réservé aux appels.
En attendant mieux, on contourne. La montre devient une télécommande : elle demande au téléphone d'enregistrer. L'app Android de Newton, qui existait déjà pour les notifications, gagne un relais qui écoute la montre par Garmin Connect, enregistre, et envoie l'audio au serveur. Le serveur, lui, n'a presque rien à apprendre : une idée dite au poignet suit exactement le chemin d'un vocal Telegram.
Qui fait quoi
Venu 3 · Connect IQ
La montre
- Un seul bouton : Newton
- Aucun accès au micro
- Un anneau qui dit où on en est, la réponse dessous
Le relais · Kotlin
Le téléphone
- Reçoit « début » et « fin » par Garmin Connect
- Enregistre : casque Bluetooth ou téléphone
- Garde l'audio tant que Newton n'a pas répondu
Le serveur · Node.js
Newton
- Transcription par Whisper
- Un nom douteux devient une question
- Claude range l'idée dans la mémoire
Micro
Aucune montre Garmin ne prête son micro aux apps Connect IQ : c'est le téléphone qui enregistre, déclenché depuis le poignet.
Retour
La réponse de Newton repart en sens inverse : une notification sur le téléphone, et 160 caractères au plus sur la montre, sans emoji ni Markdown.
Un détail pratique a compté. Une app installée à la main sur la montre n'a pas de réglages dans Garmin Connect : ils n'existent que pour les apps du store. Et personne ne tape un jeton de 47 caractères sur un écran rond. À la première ouverture, la montre demande donc son jeton au téléphone, qui le demande à Newton et le lui transmet avec l'adresse du serveur. Rien n'est écrit en dur dans la montre, et elle apparaît comme un appareil à part, qu'on retire d'un geste si on la perd.
Un aller-retour, du toucher à la réponse
Entre la montre et le téléphone, tout tient en quatre messages : demander un jeton, commencer, finir, annuler. Le téléphone répond par un état, que la montre traduit en couleur.
Sept échanges pour une idée
Montre
Téléphone
Newton
- début
Un toucher sur Newton. L'anneau tourne en attendant le téléphone.
- enregistre
Le téléphone enregistre ; la montre affiche le chrono et le nom du micro.
- fin
Un second toucher, ou cinq minutes au plus.
- reçu
L'audio est à l'abri sur le téléphone : la montre vibre, l'anneau tourne en or.
- audio
AAC mono 16 kHz, avec un identifiant : renvoyé deux fois, il n'est rangé qu'une fois.
- réponse
Transcrite, rangée, répondue : de quelques secondes à une minute.
- rangé
La réponse s'affiche sous Newton, qui remonte, cerclé d'or.
Trois règles rendent l'ensemble solide en vrai, dans un métro ou au fond d'un parking :
- L'audio ne quitte le téléphone qu'une fois Newton d'accord. Sans réseau, le fichier attend dans l'app et repart au retour du réseau. La montre vibre dès que l'audio est à l'abri, sans attendre qu'il soit rangé.
- Chaque idée porte un identifiant. Si la réponse se perd et que le téléphone renvoie l'audio, Newton rend la même réponse sans ranger l'idée deux fois.
- Cinq minutes au plus. Un « fin » perdu ne laisse pas le micro ouvert toute la journée.
L'audio part en AAC mono, à 16 kHz et 32 kb/s : Whisper le lit tel quel, et une minute pèse moins de 250 Ko. Côté Android, le relais tourne en service au premier plan, parce qu'Android 14 refuse le micro à une app en arrière-plan.
Un seul bouton : Newton
La première version marchait, mais elle était plate : un menu, des lignes de texte. J'ai demandé une app vraiment belle, avec très peu d'informations, et Newton accessible tout de suite. L'accueil est devenu un bouton : on touche Newton, ou le bouton du haut, et on parle. Toucher ailleurs ouvre le menu, pour noter son humeur ou cocher une tâche.
Trois écrans, un anneau

Au repos
Le prochain rendez-vous, les tâches du jour, l'humeur à noter.

Micro ouvert
L'anneau rouge bat, le chrono tourne.

Newton a répondu
Il remonte, l'anneau passe à l'or.
Répondre à Newton
Quand Newton n'est pas sûr, il demande. Je dis « Rappeler l'assurance », et la question arrive au poignet : « Bien sûr, on parle de l'assurance pour le dégât des eaux ou pour annuler celle de la voiture ? » Dans la première version, je ne pouvais pas répondre depuis la montre, et la notification du téléphone ramenait l'app devant sans ouvrir la conversation.
Les idées qui se suivent forment maintenant une conversation, comme sur Telegram. Sous la réponse, « Touche pour répondre » : Newton redescend au milieu de l'écran, et on lui reparle. Le serveur garde le fil de la montre, et une idée dite moins d'un quart d'heure après la précédente arrive avec ce qui précède.
Quand une idée continue la précédente
- 1
9h02« Rappeler l'assurance »
Newton demande laquelle.
- 2
9h10« Le dégât des eaux »
8 min après : la suite de la conversation.
- 3
9h41« Une idée d'article : ce qu'on est en train d'implémenter sur la montre »
31 min après : une nouvelle conversation.
15 min
pour enchaîner
12 h
pour la relire au téléphone
10
messages gardés, en mémoire
Et si je préfère taper, la notification ouvre la même conversation dans l'app du téléphone. Ce que j'y réponds rejoint le fil, et la prochaine idée dite au poignet le connaît.
La même conversation, deux écrans

Au poignet : on touche l'écran, et on lui reparle.

Au téléphone : la notification ouvre la même conversation.
Qui a fait quoi
Pour construire tout ça, j'ai donné un cahier des charges à Claude Code : ce que je voulais faire au poignet, et rien sur la manière. Il a installé le kit Connect IQ, écrit l'app de la montre en Monkey C, le relais Android en Kotlin et les routes du serveur. Il a essayé l'app dans le simulateur de Garmin face à un faux Newton, puis l'a chargée sur ma montre par le câble USB.
Mon rôle a été de porter la montre et de dire ce qui n'allait pas : que l'app devait être plus belle, que je ne pouvais pas répondre à Newton, que le micro du téléphone comprenait mal. Chaque retour est devenu une version. Chaque décision est écrite avec sa raison dans la doc du projet, pour pouvoir revenir dessus.
Le simulateur a ses pièges, qui valent d'être notés si vous vous lancez :
- il exige HTTPS, comme la vraie montre, et il faut couper ce réglage pour parler à un serveur local ;
- il ne redessine plus rien quand sa fenêtre n'est pas au premier plan ;
- la fenêtre qui simule les messages du téléphone plante dès qu'un texte contient un « é ».
Le micro du poignet, une montagne d'obstacles
Reste le plan de départ : que ce soit la montre qui écoute. Dans une poche, le micro du téléphone entend mal, et celui de la montre est là, à quelques centimètres de ma bouche. Connect IQ ne le donne pas aux apps, soit. Mais la Venu 3 sait prendre un appel, donc elle sait jouer les kits mains libres, et Android sait enregistrer par un kit mains libres. Sur le papier, il suffit de demander.
Huit essais pour le micro de la montre
- 1
Réglage « Montre »
L'app cherche la montre parmi les micros d'appel d'Android.
Aucun micro d'appel Bluetooth
- 2
Écouteurs connectés
Le témoin : un vrai kit mains libres, au même endroit.
Vus, pris, leur nom s'affiche au poignet
- 3
Réglage « Appel »
L'app ouvre un appel le temps de l'idée, comme WhatsApp.
Aucun appareil Bluetooth pour les appels
- 4
Appel lancé depuis la montre
Le témoin côté montre : un vrai appel, sans Newton.
Le son passe par la montre
- 5
Jumelage refait à neuf
Android affichait « Problème de connexion » hors appel.
Propre après un « Échec de la configuration », micro toujours absent
- 6
Journaux d'Android
Débogage USB activé, on lit ce que fait la montre.
Elle s'ouvre aux vrais appels, pas à WhatsApp ni à Newton
- 7
La ligne Free du bot
Un vrai numéro déjà payé, pour que Newton appelle.
Aucun moyen pour un serveur de décrocher
- 8
Twilio, compte d'essai
Newton m'appelle, je parle au poignet.
L'appel passe par la montre, l'enregistrement est refusé
DoncOn s'arrête là : l'idée part par les écouteurs s'ils sont connectés, sinon par le micro du téléphone.
Premier essai : Android ne voit aucun micro Bluetooth. Je connecte mes écouteurs pour vérifier : eux, il les voit tout de suite. L'app simule un appel, comme WhatsApp. Rien. J'appelle depuis la montre : le son passe par elle. Elle sait donc le faire. Elle ne veut juste pas le faire pour moi.
Dans les réglages Bluetooth, un message m'attend : « Problème de connexion. Éteignez l'appareil, puis rallumez-le. » Le forum de Garmin connaît ce bug. Je rejumelle tout. Garmin Connect ne voit plus la montre. Le QR code va jusqu'au bout, puis : « Échec de la configuration ». Je vide le stockage de l'app, je me reconnecte, la montre revient. C'est Newton qui ne la trouve plus. Arrêt forcé, ça repart. Le micro ? Toujours celui du téléphone.
Alors on arrête de deviner, on lit les journaux d'Android. Branché au Mac, le téléphone reste muet. Va pour le débogage sans fil : je colle trois fois la commande d'exemple, valeurs inventées comprises. Le débogage USB était simplement décoché.
Les journaux arrivent enfin, et ils sont nets. La montre ouvre sa liaison d'appel, la referme un dixième de seconde plus tard, puis refuse qu'on la rouvre. Elle ne la prête qu'aux vrais appels, ceux de l'opérateur. Ni WhatsApp, ni Newton.
Très bien : faisons de chaque idée un vrai appel. Je touche Newton, le serveur m'appelle, je décroche au poignet, je parle. J'ai déjà une ligne Free Mobile, prise pour un autre bot, mais aucun serveur ne sait décrocher dessus. Va pour Twilio. Le téléphone sonne, la montre aussi, je décroche au poignet, et le son passe. J'y suis presque. Puis le compte d'essai refuse d'enregistrer : pour la suite, il faut payer.
Et puis… pourquoi je fais tout ça, déjà ? Est-ce que je ne vais pas un peu trop loin ?
Probablement.
Ce que j'en retiens
Les contraintes d'une plateforme dessinent l'architecture plus sûrement que les envies. Une montre qui ne prête pas son micro, ce n'était pas un mur : c'était l'indication que le téléphone devait enregistrer. Une fois les rôles répartis, chaque morceau est resté simple, et le serveur n'a presque rien eu à apprendre.
Le micro m'a appris le reste : il faut parfois accepter d'abandonner, et passer par une version intermédiaire. Celle-ci me permet déjà de noter une idée sans ouvrir mon téléphone. Il faut juste qu'il soit à portée. Avec un agent, la tentation est plus forte encore : chaque obstacle levé en fait apparaître un autre, et il propose toujours la marche d'après. Décider que la montagne ne vaut pas le sommet reste une décision humaine.
Surtout, Newton est maintenant relié à mon poignet, et c'était le plus dur. La suite tient en un écran et un message de plus à chaque fois. Prochaine sur la liste : lancer une réunion depuis la montre.
La part humaine d'un projet construit avec un agent n'a pas disparu, elle s'est déplacée : écrire ce qu'on veut, porter la chose, dire franchement ce qui ne va pas, et savoir dire stop.