Déléguer à l'IA sans s'atrophier le cerveau
« À force d'utiliser l'IA, on va arrêter de réfléchir. » C'est vrai, et faux. Ce qu'un jeu de rangement de bibliothèque et nos ascenseurs disent de notre rapport à l'IA.
7 octobre 2026 · 2 min de lecture · Julien Lampin

Je suis du genre à parler beaucoup d'IA, notamment avec des personnes qui ne sont pas dans la tech. Et ce qui revient presque irrémédiablement, c'est : « à force de l'utiliser, les gens vont arrêter de réfléchir et s'atrophier le cerveau. »
C'est vrai, et faux.
Une bibliothèque, et la flemme
Ce week-end, j'ai joué à Librarian: Tidy Up the Arcane Library. Le principe : ranger une bibliothèque. Des milliers de livres, des centaines de collections.
C'est fastidieux, alors on met en place des techniques, notre regard s'aiguise. Puis très vite, on débloque des pouvoirs qui nous simplifient la vie : récupération instantanée d'un livre, localisation au sol, etc.
Et quand les pouvoirs sont en attente (le fameux cooldown) ? Plus rien. La flemme absolue de faire ce qu'on faisait à la main quelques minutes auparavant. Et quand il manque un seul livre, on galère à le retrouver, parce qu'on a perdu l'habitude.
Ça m'a fait tiquer. Le parallèle avec l'IA est direct, et la conclusion pourrait bien mener à cette fameuse atrophie.
Et pourtant
De mon côté, je délègue un maximum à l'IA. Et je n'ai jamais eu le cerveau aussi stimulé : elle me permet d'attaquer des choses beaucoup plus dures, beaucoup plus vite.
Le risque n'est donc pas de déléguer beaucoup. Il est de ne plus rien faire soi-même, y compris les choses simples, par pure habitude.
Je pense que c'est un vrai sujet, et que ce sera un enjeu de société. Mais ce n'est pas une fatalité individuelle.
Ascenseurs, escalators, voitures
J'aime prendre une autre analogie : l'activité physique.
On a inventé les ascenseurs, les escalators, les voitures. On bouge plus qu'avant en dépensant moins d'énergie. Certains se laissent aller vers la sédentarité, et c'est devenu un enjeu de santé publique.
Mais ça n'a jamais empêché les autres de faire du sport et de s'entretenir.
Prendre l'escalier
Avec l'IA, c'est pareil. On ne va pas faire 10 km à pied tous les matins pour rester en forme. Par contre, on peut prendre l'escalier au lieu de l'ascenseur, comme on peut répondre à un message sans le faire relire par l'IA.
On peut aussi s'accorder des temps d'exercice mental (jeux, art, musique), comme on s'accorde une séance de sport.
À la société de surveiller, de prévenir et d'exposer les risques. À chacun d'en prendre conscience et d'adapter son mode de vie.
Et vous, c'est quoi votre escalier ?